Saturday, September 17, 2016

Affaire Soubise: il faut améliorer le dispositif 'Comité des Habitants'

Le 14 septembre 2016 j’ai assisté à une réunion publique au Conservatoire rue du Docteur Soubise qui avait pour but de présenter le projet de la vente partielle de ce bâtiment. L’association du Conservatoire Soubise s’était opposée à cette vente partielle car elle préfère garder le bâtiment disponible pour les Fontenaisiens dans son intégralité.


Les ‘pour’ et les ‘contre’
Bien que j’aie beaucoup de sympathie pour le désir de ne pas abandonner une partie de notre patrimoine, je penche néanmoins pour le projet proposé par la Mairie. Car en pesant les ‘pour’ et les ‘contre’, j’arrive à la conclusion que les 'pour' pèsent plus lourd dans la balance. Mais aidez-moi si je me trompe :

CONTRE (la vente partielle) : \On garde un dispositif public disponible (à condition que l’on trouve 1,5 millions d’euros pour le mettre aux normes) ; \On peut louer ce dispositif à des sociétés au bénéfice de notre trésorerie et créer ainsi des emplois.

POUR (la vente partielle) : \On garde la partie du dispositif public dont les Fontenaisiens ont besoin (en plus du nouveau conservatoire qui vient de s’ouvrir) et on pourra la mettre aux normes avec le produit de la vente de l’autre partie ; \On arrête tout de suite la dégradation de l’immeuble par l’usure et par le risque de dégradations volontaires par des squatteurs en l’absence de gardien ; \On crée des emplois avec les 3 sociétés qui sont prêtes à s’y installer et qui ne représentent pas de nuisances sonores ou autre.


‘Il y aura assez de salles’
Le Maire a exclu une pénurie de salles avec les deux arguments suivants :
1/ D’autres salles vont se libérer bientôt : un espace en cours d’aménagement dans l’immeuble Saint Prix, un autre au Panorama et, enfin, les vastes locaux du centre de tri de La Poste qui vont se libérer prochainement ;
2/ La disponibilité des salles existantes va probablement s’améliorer suite à une étude qui sera menée bientôt concernant l’utilisation des salles. Le Maire a dit que certains utilisateurs ne rendent pas la clé pendant un mois, empêchant ainsi d’autres utilisateurs d’utiliser la même salle.

La racine du problème
Le but de ce blog n’est pas de faire une analyse parfaite de toutes les raisons qui me font croire que le projet de la Mairie est plutôt raisonnable. Car cela impliquerait un débat plus vaste : le mandat de la Mairie consiste-t-il à louer des bâtiments ? La Mairie doit-elle attendre le résultat de l’étude concernant l’utilisation des salles ? Aurait-elle dû dépenser les 1,5 millions d’euros pour la place de l’Eglise plutôt pour rénover le Conservatoire Soubise ? Etc.

Le but de ce blog est plutôt de pointer la racine du problème, qui revient sans cesse dans les discussions que j’entends sur les rapports entre la Mairie et les citoyens. Cette racine, ce n’est pas tant la vente en elle-même je crois, mais l’exclusion des citoyens dans la prise de décision. La colère et le mal sont si vifs car le nerf de la démocratie est touché : la confiance. 

Explication : selon l’Association Soubise, la Mairie avait promis que si elle changeait d’avis et décidait de vendre contre une promesse faite précédemment, elle impliquerait l’association dans sa réflexion. Cela n’a pas été le cas, et cela fait très mal et à très juste titre. Heureusement que le Maire a exprimé plusieurs fois ses excuses pour ce qu’il a qualifié de ‘maladresses’, et je pense que cela a contribué malgré tout à un certain apaisement. Les blogs qui succéderont le mien le confirmeront ou l’infirmeront.....

Conclusion
Il faut d’urgence renforcer l’infrastructure démocratique des Comités des Habitants pour éviter qu’une telle rupture de confiance, de dialogue et de démocratie ne puisse se reproduire. Une réflexion est en cours à ce sujet. Il faudra qu’elle soit sérieuse et qu’elle précise entre autres : \combien de fois et dans quelles circonstances le CdH et la Mairie doivent se rencontrer ; \quels citoyens et associations peuvent devenir membre ; \comment les échanges seront communiqués aux Fontenaisiens et pris en compte dans la décision finale.


Oui, tous ces échanges avec les Fontenaisiens ralentissent sans doute la machine, certes. Mais ils sont le seul moyen d’arriver à un développement de notre Ville qui soit inclusif, franchement légitime et, ne l’oublions pas, encore mieux adapté et de qualité. Car si les excuses sont gratuites, elles ne sont pas indéfiniment multipliables pour autant.

@Oosterenvan

Monday, September 5, 2016

UNESCO PERSIST Cooperation with the National Library and Archives of Quebec



Imagine that the world has gone dark. No light, no electricity. We would be unable to see, to read. We would lose access to knowledge, to the records of our history, to our cultural and scientific memory. We would have to start from the beginning, retracing the centuries of carefully taken steps, and repeating many of them, including the ones that led to blind alleys.

In the digital age, this is precisely what UNESCO’s PERSIST Programme wants to avoid: the “darkness” that ensues when the software we use stops functioning. Because without software the data, the content, the images, the calculations, all sink into darkness. And we, humans, cannot “see digital” without software programmes.

PERSIST reduces the risk of “digital blindness” by extending the use of software in time. It is setting up a PERSIST Software Foundation to ensure that the software continues to run in the future and be the “light” that we need to see digital.   

The need to use obsolete software is shared by all memory institutions, including national libraries and archives around the World. Most of them have their own obsolete software deposits and their technical staff installs the software that is critically needed. Spending the same effort by different institutions is not very efficient from different viewpoints:

1.    Legal: Each institution must obtain licenses for old software from the software vendors.
2.    Technology: Old software requires a “computational environment” (the operating system) in which it can function and access files. As computers and operating systems evolve, the old systems disappear. And the new systems cannot interpret the commands of the old software. Thus, ICT specialists must create special programs – called emulators and virtual machines –  to serve as “translators” between old and new computers and operating systems.
3.    Economics:  Efforts of ICT specialists cost money. Creating special programs for each institution separately is not an efficient way of dealing with legacy software (obsolete software), especially when the number of software products is constantly increasing.

PERSIST aims to help memory institutions to address their needs by using the common PERSIST platform to share:

1.    ICT licenses which can be done by depositing old software in one global UNESCO PERSIST Software Foundation.
2.    ICT capacity (specialists and server space) to keep the old software owned by the PERSIST Software Foundation running.
3.    Services that make both the legacy software platform and the memory institutions’ efforts economically sustainable.

In this early stage, the PERSIST Software Foundation must raise funds to pay for the ICT capacity and set itself up as a fully functional enterprise with the goal to:

1.    Identify and grow the population of users who need to access old files (memory institutions, companies, universities, citizens, etc.).
2.    Identify services that customers would need (for example, an “app store” for obsolete software versions).
3.    Establish a business model to create revenue and sustain the services.

To discuss these steps, Prof. Natasa Milic-Frayling, the Chair of the PERSIST Technology and Research Workgroup, recently met with Tristan Müller, the Director of Digitalization of the National Library and Archives of Quebec (BAnQ) and his colleague Evelyne Gratton, coordinator of post-digitization and digital curation operations. They agreed to explore different “use cases” which can enable PERSIST to offer services to many organizations thanks to an economy of scale. 

Prof. Natasa Milic-Frayling and Stein van Oosteren during the conference call with Tristan Müller and Evelyne Gratton (BAnQ).
 This fortuitous development is a result of a meeting between BAnQ’s President Director-General Christiane Barbe, her Director of International Affairs Sophie Montreuil and Dutch government representative Stein van Oosteren at UNESCO. This cooperation is of great importance to PERSIST as it expands its reach to the francophone region. The next step will be an introduction of PERSIST to the network of francophone memory institutions named Réseau Francophone numérique (http://www.rfnum.org).

(French translation to be followed soon!)



Saturday, August 20, 2016

An inconvenient truth about money and growth


Have you ever wondered how money is created? This blog tries to explain in a simplified way the financial system that creates money, and also why this system pushes us to destroy the earth and ourselves.

Money is created out of nothing

You may think that money is created by the government. This is not the case: it is created by private companies called banks. It always starts with a loan.

Imagine a person who goes to the bank to borrow €100. The bank says “Okay I’ll lend you €100”. You may think that those €100 euros are euros that the bank already had received from other clients who deposited it on their account with that bank. This is not the case: the bank creates the €100 out of nothing! It does this by writing the number 100 on the person’s bank account in exchange for the promise that the person will pay everything back. This is a serious promise: if the person doesn’t pay back, the bank gets the things the person needs to live, like his car or even his house. Now the person can go and spend €100 in society.

To summarize: money is created by private banks out of nothing, just like a crook would create false money and lend it to people as if it were real money. The difference is that in the 17th century our governments gave banks the right to create money out of nothing (not backed up by gold) so it became legal.

Now let’s take a close look at these €100 that were just created. They look like a positive value in the pocket of the person, don’t they? But in reality these €100 are a negative value, a hole in the person’s pocket. They are a loan, a debt the person owes to the bank. Money, in other words, is debt circulating in society. So whenever you see a banknote of €100, it only means that somewhere in society a person or a company has a debt of €100 with a private bank. 

The bank destroys money

Now what happens when the person pays back the loan? When the person goes to the bank to pay back a part of the loan, €20 for example, the bank destroys the €20! Yes, the €20 cease to exist! Let me explain this. 

When the bank receives the €20 it strikes out €20 on the person's €100 debt account. Consequently the loan is reduced to €80. As the money available in society always corresponds to a real loan, there is no longer €100 but only €80 euros available. This is very difficult to understand, but this is how it works.

To make the example more extreme: if the whole society would reimburse all its loans to all the banks, all money would be stricken out and cease to exist. This would be a disaster, because our economy would “go dry” and collapse. This is one of the reasons why we keep borrowing money from banks, so that they can keep creating money to keep our economy running (on the money they create). 

Money is debt that can never be paid back

But there’s a more important reason why we continue to borrow money. I explained that banks create money in exchange for a promise that the person will pay back the loan. But the banks also want interest. They need this "little extra" to pay their building, their staff and their shareholders. So they want not only the €100 euros to come back but also, let’s say, €5 interest on top of that.

And this is where we run into a serious problem. Because the interest on all the loans in the world can never be paid back because the only money that exists and circulates in society is the money created from the loans! There is exactly enough money to pay back the loans, but no extra money to pay the interest! In our example: the €100 loan can be paid back because the bank created €100, but the bank did not create the necessary €5 to pay the interest. The interest is just a bill from the banker that the borrower has to pay on top of the loan money, which is technically impossible.

Money calls for growth and depletion

To keep the economy going and to reimburse the loans and the interest, society needs to borrow more money. And these growing loans of course come with more interest bills, so society has to take out even bigger loans. As a consequence the debts keep growing and growing.

To pay back these growing loans and interest bills, society has to produce and sell more and more cars, houses, energy, etc. This process is called growth and it is tragic for two reasons. Firstly because society is not producing more to fill a growing need of our society, but rather to fill a growing greed of bankers who want their interest bills to be paid. And secondly because this growing production will have to come out of the planet, but the planet is limited.

The point I want to make is this: we deplete the planet not because of a capitalist market system, but as a direct consequence of way money functions. It’s because of the way money functions that we don’t see our planet as a place to live, but as a resource that needs to be plundered to produce more money to pay back our growing debts to bankers.

Change the rules and protect our heritage

What to do? First we need to change some financial rules. For example: why is it that when governments authorize banks to create money, only banks receive the profit (interest payments)? If at least a part of the interest payments went to the government it could be spent to produce human and environmental wealth (education, wind energy, cleaner oceans) rather than financial wealth (money flowing into the pockets of bankers and their shareholders).

This brilliant documentary (in English and French) shows the example of Totnes (UK), where a local currency was created that produces no interest (financial wealth) but only facilitates local production.

Secondly the United Nations needs to protect our natural heritage, our earth, our forests, our seeds and our water from the financial and speculative logic which will eventually destroy everything. Because, and I quote the French philosopher Pierre Rabhi, "only once we’ve cut the last tree, once the last river has been poisoned, once the last fish has been captured, only then we’ll discover that we cannot eat money".

Please think of this when people say that growth is what we need. 

@Oosterenvan


Consult also:




Friday, July 29, 2016

More than words

I don’t usually post songs on Facebook, but recently I felt like it. I wanted to post a link to the ballad “More than Words” by the American rock band Extreme. I don’t know what suddenly motivated me to do this. I guess it’s because the song did something magical to me. It brought me back to my late twenties, with new love and friendship in the air and the thrill of a brand new future to throw myself at. It was as if I could start all over again. I wanted others to enjoy this wonderful feeling too.

So I searched the track on YouTube. It turned up along with a list of other hits on the right side of the screen, you know this list of “other videos that you may like too”. When I looked at the list, my mouth fell open. I liked every single song on the list about as much as “More than Words”! It felt horrible. Because the intense personal and warm feeling about this song suddenly looked like a superficial, cold internet statistic. The song turned out to be just a dot in a YouTube algorithm that told me exactly what people like me, who are born in 1973, usually like on a melancholic Sunday afternoon in early 2016. So posting the song made no longer sense. It felt like connecting a YouTube algorithm to a Facebook algorithm and let those two do the job of talking about me. It felt like an “empty” gesture and I felt not needed for that at all.

Don’t get me wrong: of course it’s not an empty or bad thing to post a song on Facebook. Because it’s still you who posts it and not YouTube, Facebook, Deezer, Google or whatever. And whatever you post, say or do, it’s always both a unique, personal initiative and an impersonal statistic at the same time.

So maybe I should have posted “More than Words” anyway. I could have offered a unique moment of nostalgia to friends from the 70s or the opportunity to discover a ‘cool old song’ to people from the 90s. I think I will actually. But I’ll add a comment about what the song does to me to differentiate it from a search engine hit. Just to make it more personal. Because YouTube and Facebook can’t do that. At least not in early 2016.








Monday, July 25, 2016

La rentabilité de l’inutile


(Ce blog se base sur le best-seller de Nuccio Ordine, « L’utilité de l’inutile », dont je considère la lecture plus qu’utile.)

Faut-il continuer à financer l’enseignement de langues qui ne se parlent plus ? Faut-il financer l’étude de certaines œuvres poétiques peu connues et la création de musique classique expérimentale écoutée par un petit public d’initiés? Est-ce bien utile ?

Je pense qu’il s’agit d’un faux débat. Pour s’en apercevoir, il suffit de préciser la signification des termes « utile » et « inutile ».

Utile comme un ouvre-boîte

Dans le monde de l’utilitarisme, un marteau vaut davantage qu’une symphonie, un ouvre-boîte davantage qu’un tableau. Mais pourquoi ? Probablement parce qu’il est plus facile de comprendre l’efficacité d’un outil que de comprendre à quoi peut servir la musique, la philosophie ou les mathématiques. Pourtant ces arts et sciences sont utiles. Pour le comprendre, voici une brève « phénoménologie de l’utilité de l’inutile».

Le comble de l'utilité on dirait: mon ouvre-boîte. Totalement inutile toutefois lorsqu'il s'agit d'affronter la complexité de la vie humaine.

Commençons par les fleurs. Si on supprimait les fleurs, le monde n’en souffrirait pas matériellement. Mais qui voudrait cependant qu’il n’y eût plus de fleurs ? Vous me répondrez : « bien sûr il faut des fleurs car c’est joli et en plus elles créent des emplois ». Mais leur utilité profonde ne se situe pas là, dans l’effet décoratif qui peut être commercialisé. L’utilité profonde des fleurs découle du fait qu’elles font intimement partie de notre façon d’être humain. Le Japonais Okakura Kakuzô situait dans le simple geste d’un homme cueillant une fleur pour l’offrir à sa compagne, le moment précis où l’être humain s’est élevé au-dessus des animaux. Il explique : « en percevant l’usage subtil de l’inutile, il est entré dans le royaume de l’art ». Non pas en tant que fleuriste ou acheteur de fleurs, mais en tant qu’homme.

Parlons des textes classiques. Pourquoi continuer de les lire et les enseigner ? Parce qu’ils représentent une utilité bien spéciale : ils sont notre badge d’accès vers un autre monde. Ils nous montrent un monde qui n’existe plus, qui n’existera jamais, ou le monde de quelqu’un d’autre. Depuis cet autre monde nous pouvons mieux comprendre l’autre, et du coup aussi notre monde à nous et nous-mêmes. Ce voyage nous aide à relativiser notre réalité et à la comprendre et supporter. Voilà l’utilité des classiques.

Briser les chaînes

Et que dire des sciences, qui déglutissent des milliards sans avoir la moindre certitude quant à leur résultat ? Surtout les sciences fondamentales et leurs « chercheurs qui cherchent et qui ont du mal à trouver», pour paraphraser une phrase prêtée à De Gaulle. Là encore il faut peser l’utilité des investissements sur la bonne balance, et surtout être patient. Vous observerez alors une utilité parfois aussi insoupçonnée que spectaculaire. En voici deux exemples.

Le premier débute en 1611, lorsque l’astronome Johannes Kepler affirme que la façon la plus efficace d’empiler des boules est la structure pyramidale. Tous les marchands de fruits et de légumes le savent : c’est pourquoi ils empilent leurs oranges sous forme de pyramide. Depuis, de nombreux mathématiciens ont tenté de prouver cette « conjecture de Kepler », jusqu’à ce que Thomas Hales y parvienne en 1998. Ce résultat a mobilisé des générations de mathématiciens pour développer un système conceptuel capable de prouver la conjecture. Accrochez-vous maintenant : pour bien étayer leurs travaux, les mathématiciens ont fourni cette preuve aussi pour des oranges virtuelles de 8 jusqu’à 24 dimensions. Et heureusement, car c’est précisément la solution pour empiler des « oranges à 8 dimensions » qui a permis, dans les années 70, de mettre au point la technologie nécessaire pour envoyer des signaux internet via les câbles téléphoniques. L’origine – très utile – de vos premiers échanges sur l’internet est donc une aventure mathématique de 400 ans motivée par le désir de satisfaire une curiosité purement théorique !

Il a fallu 400 ans de recherches mathématiques pour prouver que plus serré n'est pas possible.

Le deuxième exemple d’une utilité exemplaire est le CERN, l’Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire fondée en 1954 par l’UNESCO. Personne ne pouvait savoir à l'avance que cette organisation allait, comme par une sorte d’«accident de parcours », jeter les fondations de la « conversation planétaire » via internet. Et pourtant c’est ce qui s’est passé, grâce à l’invention du protocole « http » et du langage « HTML » par l’ingénieur informatique Tim Berners-Lee. Et saviez-vous que c’est au CERN également qu’a été inventé l’écran tactile qui équipe aujourd’hui la majorité de nos équipements électroniques ?

Prenons garde : ces exemples d’utilité pratique ne sont pas l’unique raison d’être de la recherche scientifique. Si ces résultats n’avaient pas été atteints, l’entreprise n’aurait pas été inutile pour autant. Car elle a avant tout une utilité spirituelle qui, dans les termes d’Abraham Flexner, « brisera les chaînes qui entravent l’esprit de l’homme enfin libre d’entreprendre une aventure qui a conduit Hale, Rutherford, Einstein et leurs semblables jusqu’aux confins de l’espace et, à l’autre extrémité du spectre, permis de libérer l’énergie illimitée contenue dans l’atome ». Pour Flexner, « le véritable ennemi de la race humaine n’est pas le penseur audacieux et irresponsable (…) mais celui qui entend couler l’esprit humain dans un moule et l’empêcher de déployer ses ailes ».

L’inutile contre le fanatisme

Les activités qui semblent ne servir à rien peuvent se révéler très utiles pour d'autres raisons. Elle nous montrent ce que le profit et l’efficacité nous cachent : notre liberté de penser et d’imaginer. Elles nous aident à éviter l’asphyxie, à transformer une vie plate ou une non-vie en une vie fluide et dynamique, mue par la curiosité pour les choses de l’esprit et pour la condition humaine. Sans l’inutile, dit Ionesco, l’homme est « prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu’une chose puisse ne pas être utile. Sans l’inutile il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c’est l’utile qui peut être un poids inutile, accablant. » Et si on ne comprend pas cela, on vit dans « un pays d’esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit ; où il n’y a pas l’humour, où il n’y a pas le rire, où il y a la colère et la haine ».

Etouffer l’inutile est même très risqué, poursuit-il, « car ces gens affairés, anxieux, courant vers un but qui n’est pas un but humain ou qui n’est qu’un mirage, peuvent tout d’un coup, aux sons de je ne sais quels clairons, à l’appel de n’importe quel fou ou démon se laisser gagner par un fanatisme délirant, une rage collective quelconque, une hystérie populaire. » Voilà la menace qui pèse « sur l’humanité qui n’a pas le temps de réfléchir, de reprendre ses esprits ou son esprit ».

La rentabilité du recul

Faut-il donc arrêter d’exiger de l’efficacité et des résultats ? Bien sûr que non. Car même l’artiste a le devoir de produire quelque chose. On peut même dire, si vous voulez, que l’art doit répondre à une certaine rentabilité. Mais pas à une rentabilité purement financière car, comme disait Rilke, « être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter. » La rentabilité de l’art, de l’histoire et de la philosophie correspond plutôt à une société capable de s’exprimer, de se souvenir et de se poser des questions. Pour fabriquer une telle société il faut des activités dont l’utilité ne se dévoile pas sur-le-champ. Non pas parce qu’il est politiquement correct d’investir dans la culture, mais parce que sinon demain notre société n’existera plus. Ce qui n'est pas très rentable.